Rudolph Kuper, qui s’est consacré pendant plus de 50 ans à la recherche saharienne, est décédé le 14 avril de cette année. Avec sa disparition, les études sahariennes et, plus largement, africaines perdent une figure majeure, à qui nous devons la conception et le développement de grands programmes de recherche. Il a renouvelé la tradition des voyageurs, géographes et explorateurs allemands qui ont les premiers fait connaître le Sahara à l’Europe, contribuant ainsi à la perpétuation d’un important héritage culturel et géographique.
Ma connaissance de Rudolf remonte à la publication de son ouvrage Sahara. 10,000 Jahre zwischen Weide und Wüste, réalisé à l’occasion d’une exposition au musée de Cologne en 1978. Cette initiative fut suivie de développements académiques majeurs, notamment la création de la Forschungsstelle Afrika à l’Université de Cologne, la fondation de l’Institut Heinrich Barth en 1989, ainsi que le lancement de la série Africa Praehistorica. À partir de 1980, il a dirigé de nombreuses campagnes de terrain interdisciplinaires en Égypte, au Soudan et en Libye, et conduit d’importants programmes de recherche tels que BOS (1980–1993) et ACACIA (à partir de 1995). Ses travaux, dont New Light on the Northeast African Past (1992, avec F. Klees), ont porté en particulier sur les changements climatiques de l’Holocène et leurs effets sur les sociétés humaines.
Un axe central de ses recherches de terrain fut le désert Occidental égyptien, avec l’oasis de Dakhleh comme base. De là, des expéditions ont conduit à l’identification de sites importants tels que Djara, Abu Ballas, Mudpans et, plus au sud, le Gilf el-Kebir. Son intérêt pour l’art rupestre se manifeste notamment dans le volume consacré à la grotte des Bêtes dans le Wadi Sura (2013), qui propose une étude approfondie de cet ensemble préhistorique majeur et témoigne de son engagement à la fois dans la documentation et l’interprétation de l’art rupestre.
Rudolph a également joué un rôle important dans le développement des échanges scientifiques internationaux. Il fut l’un des contributeurs les plus actifs à la création de la conférence de Dymaczewo à Poznań, en Pologne, qui s’est ensuite développée en la série de conférences LPNEA, un forum essentiel réunissant les spécialistes de la préhistoire de l’Afrique du Nord-Est.
Rudolph a également été déterminant dans la formation d’une nouvelle génération de chercheurs, dont beaucoup ont été formés au sein des grands programmes qu’il dirigeait et sont devenus depuis des spécialistes reconnus. Même dans ses dernières années, il est resté profondément engagé dans l’enseignement ainsi que dans la diffusion et la valorisation de la recherche, en particulier en Égypte, où il a consacré des efforts considérables à la formation d’étudiants et de doctorants égyptiens.
Nous garderons de Rudolph Kuper le souvenir d’un archéologue et d’un savant doté d’une grande capacité d’initiative intellectuelle. Son aptitude remarquable à promouvoir des recherches innovantes, ainsi que l’enthousiasme constant qu’il apportait à son travail, constituent des traits marquants de son héritage.
L’ensemble de la Commission ACSPT–UISPP adresse ses condoléances à sa famille, à ses étudiants et à ses collègues.
Barbara E. Barich
Fondation de l’Université La Sapienza de Rome
ISMEO – Association internationale d’études méditerranéennes et orientales
Ancienne présidente de l’UISPP